4e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Souvent on raconte des histoires aux enfants, pour leur faire plaisir et pour les émerveiller, ou encore pour leur faire comprendre des choses très importantes. Et les enfants écoutent, ravis.

Parfois ces histoires ont vraiment existé, mais on invente des détails. On en rajoute pour faire joli, pour intéresser. Parfois aussi ces histoires sont inventées de toutes pièces, mais elles disent des choses très vraies et très sensées. Le fond de ces histoires est une réalité. En racontant ce qui est convenu d'appeler aujourd'hui "l'évangile de l'enfance", les deux premiers chapitres de Saint Matthieu et les deux premiers chapitres de Saint Luc nous font entrer dans le réel d'un événement qui s'est passé, il y a deux mille ans. : l'existence en Palestine d'un certain Jésus de Nazareth. A partir de quelque chose qui est vraiment arrivé, l'histoire nous dit des choses très importantes pour notre vie. Elle se présente à nous tout habillée de beauté, de poésie, par ceux qui ont mis leur joie à nous la raconter.

Aujourd'hui, ce que l'évangéliste Luc et la communauté chrétienne qui l'entoure veulent nous transmettre, c'est leur foi en Jésus de Nazareth. Ils le reconnaissent tous comme est vraiment l'envoyé de Dieu, le vrai messie attendu par les Israëlites depuis des siècles, le sauveur promis. Jésus est d'abord un homme qui a existé. Comme tous les hommes, il a été un enfant, un adolescent. Il est devenu un adulte. E a accompli un certain nombre de choses qui ont marqué les femmes et les hommes d'une époque située avec précision dans notre histoire humaine. Il est passé parmi nous en faisant le bien. En faisant cela, U a contesté, dans la société de son temps, les forces du mal. C'est pourquoi, il a été condamné et exécuté. Mais Dieu l'a ressuscité et aujourd'hui, il est vivant par son Esprit dans le coeur de ses disciples.

Cet homme Jésus, les premières communautés chrétiennes l'ont confessé comme étant le Fils de Dieu. Et cette affirmation de leur foi était en premier lieu fondée sur sa mort et sa résurrection. Ses disciples ont reconnu la manière extraordinaire dont H a vécu sa mort. Préférant donner sa vie, plutôt que de changer quoique ce soit au message d'amour dont il était porteur. Dieu ne l'avait pas abandonné au pouvoir de la mort. B l'avait ressuscité à la vie près de Lui. Jésus s'était manifesté vivant aux apôtres, à ceux qui furent témoins de sa résurrection. Mais les communautés chrétiennes racontaient aussi comment durant sa vie, Jésus avait pris la défense des humbles et de pauvres. Comment fi rendait courage à tous ceux qui étaient rejetés ou méprisés, Comment fi remettait les malades débout et les guérissait. Comment il accueillait les pécheurs. On se souvenait également de son enseignement et de ses paroles. Cela anima les premiers chrétiens à découvrir que Jésus ne s'était pas seulement manifesté comme Fils de Dieu durant sa vie publique, mais qu'en était en réalité depuis le premier instant de sa conception. C'est ainsi qu'aujourd'hui dans le récit de l'Annonciation, l'ange Gabriel révèle les véritables titres de Jésus : ."Fils du Très-Haut" "Il régnera sur le trône de David son père'.

Ainsi l'histoire de Noël, dans son langage imagé et coloré, nous dit à l'avance qui sera ce Jésus, venu de la part de Dieu apporter la paix entre les hommes. C'est lui le messie promis, le véritable descendant du roi David. Pour comprendre aujourd'hui le message de l'Annonciation, peut-être devons-nous faire référence à l'expérience d'une femme qui devient mère. Au premier moment, c'est probablement la surprise lorsque les règles sont interrompues et que les tests pratiqués sont positifs. Parfois, pour des femmes seules, les mères célibataires, ce peut-être le drame, la catastrophe. Mais particulièrement pour la femme dans un couple normal, cela devient très vite une joie profonde. peut-être la plus grande joie qu'une femme puisse éprouver. Partageant ce bonheur avec son mari, la femme sentira bientôt l'enfant bouger, vivre en elle ! Mais l'arrivée d'un nouvel être, change beaucoup les relations à l'intérieur du couple. Ils étaient deux, désormais, même avant la naissance, ils sont trois. Aujourd'hui, les méthodes font beaucoup pour associer le mari à l'évolution de l'enfant dans le sein de sa mère. On dit même que ces relations parentales influenceront son comportement plus tard, tellement les relations harmonieuses sont constitutives de la personnalité. Nous pouvons peut-être penser que le fiat de Marie, comme l'acquiescement de Joseph et leurs relations mutuelles ont aidé la formation de l'homme Jésus, du Fils de Dieu.

Assomption de la Vierge Marie 

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Lc 1, 39-56

C'est une fête un peu curieuse. Pourquoi dire que Marie est déjà, corps et âme, auprès de Dieu au ciel ? Le ciel n'est finalement pas un lieu spatial, comme Rixensart, où des corps puissent s'installer. Mais c'est quand même une célébration très importante et significative. C'est une fête mariale, bien sûr, mais c'est aussi d'une certaine manière la fête de notre humanité, de notre humanité corporelle. Aujourd'hui nous célébrons le fait que Marie ait un corps.

Il y avait dans le christianisme, et il y a toujours, un certain mépris du corps. Bien sûr, on doit le nourrir, lui donner du repos, le soigner, mais à part cela le corps ne doit avoir aucune importance dans la vie spirituelle. On pouvait même, et on peut encore, considérer le corps comme un ennemi dans la vie spirituelle. On citait St Paul, qui dit que la chair s'oppose à l'esprit. Le corps est plein de dangers et de pièges ; il nous incline vers le mal. La paresse, la gourmandise, l'ivresse, la sexualité, trop souvent mal gérée et presque de nature ingérable, proviennent de notre corps, de notre chair. On serait plus serein, plus pur, plus spirituel, sans le corps. On tendrait beaucoup moins vers le péché, on serait beaucoup plus proche de Dieu, on serait plus sain et plus saint, si on était simplement une âme, si on n'avait pas à supporter le poids et les tendances charnelles du corps. Il n'est pas bête de penser comme cela. Il y a beaucoup de gens qui ont éprouvé leur corps comme un poids, et qui l'ont considéré comme une source de tentation et de péché, comme quelque chose qui les éloigne de Dieu, du spirituel. Il y a eu beaucoup de chrétiens qui pensaient et qui pensent ainsi, et on trouve cette veine de spiritualité dans plusieurs religions. Mais ce point de vue n'est finalement pas très chrétien. Et, qui est peut-être plus pertinent, il ne correspond pas à la réalité. Après tout, nous sommes notre corps. Si nous souffrons d'une maladie, c'est nous qui souffrons, pas simplement notre corps. Si on lutte contre son corps, on lutte contre soi-même. On pourrait dire que c'est une des spécificités et un des buts du christianisme - correctement conçu - qu'il nous libère de cette méfiance de nous-mêmes et de cette lutte contre nous-mêmes.

Si le corps était en vérité si non-spirituel, il serait étonnant que Dieu nous ait créés corporels ; et fait, en créant l'homme, Dieu n'a pas créé une âme qui, plus tard, s'est malheureusement attachée à la chair ; l'homme auquel Dieu a voulu donner l'existence était dès le début un corps animé. Si le corps était si non-spirituel, il serait plus étonnant encore que Dieu nous sauve, nous libère du péché, pas en nous libérant de la chair ou de notre nature corporelle, mais en la partageant. Il a pris notre chair en devenant homme et, tout particulièrement, il a pris la chair de Marie. Et c'était plus qu'une mesure provisoire. Il ne s'est pas débarrassé de son corps au moment de sa mort sur la croix ; sa résurrection était la résurrection d'un corps vivant, et son ascension au ciel était l'ascension d'un corps vivant. Dieu est l'ami de notre corps. Le corps n'est pas opposé au spirituel ; c'est dans le corps, qui est maintenant un corps de chair, que nous vivons notre spiritualité. Tous les sacrements en lesquels Dieu se donne à nous sont des gestes corporels, physiques. Nous nous approchons de Dieu en nous aimant les uns les autres, et cela implique que nous nous comportions physiquement d'une manière charitable. Il faut, par exemple, donner à manger à ceux ont faim. Si nous avons l'impression parfois que notre corps nous éloigne de Dieu, c'est aussi par le corps que nous sommes proches de Dieu. Dieu, qui est notre ami, est ami avec notre corps. C'est pourquoi il a pris chair de Marie. C'est aussi pourquoi nous voulons dire que, quand il a pris Marie à lui, il ne lui a pas enlevé son corps. Nous n'osons pas dire concernant les autres saints qu'ils vivent dans leur intégrité avec Dieu. Comme nous, ils doivent attendre la résurrection du corps. Mais nous osons dire que Marie était si proche de Dieu, et Dieu d'elle, qu'elle vit déjà en pleine amitié avec Dieu, et en pleine humanité, âme et corps.

Benoît Bourgine : La liberté



G. Vanheeswijck : Onbeminde gelovigen